# retours vers la fin de l'histoire
 

Jailli du néant, l'homme est tombé sur la Terre - bourbier infâme où l'a jeté un dieu si peu charitable. Pendant de longs siècles, seules les religions permettaient d'envisager un autre horizon que la Terre où la vie était courte, âpre et souvent cruelle. L'acceptation de cette situation est l'histoire humaine jusqu'à la Renaissance. Toutes les belles inventions de la modernité qui suivront procèdent de la grande évasion... inachevée. Quitter la Terre et aller où ? vers zéro ! Cioran : « Remonter jusqu'au zéro souverain dont procède ce zéro subalterne qui nous constitue ». Cette aspiration fait des ravages ; il n'est pas impossible qu'elle provoque l'apocalypse tant espérée depuis la nuit des temps. En attendant, il faut donc errer sur la Terre et chercher les artifices les plus divers pour oublier cet échouage malencontreux.

 
Quitter la Terre : par tous les moyens et dans tous les sens du terme. Présentement, la télévision est assurément le moyen le plus démocratique et usuel pour tuer l'ennui terrestre : le téléspectateur est un homme qui a abandonné tout espoir de trouver une place sur la Terre ; aussi n'a-t-il comme diverstissement que le spectacle romancé et pathétique des humains déréglés par un séjour aussi absurde. L'art est une autre solution : l'esthète, l'artiste tentent tant bien que mal d'habiter la Terre en s'adonnant à la contemplation des bizarreries plastiques que peut engendrer le sentiment d'exil. Quant à l'internaute, il a cru trouver avec l'ordinateur et l'interactivité un viatique plus performant pour se délocaliser ; bien que spectaculaires, les résultats ne sont pas à la hauteur de son aspiration.
 
il faudra attendre d'autres innovations médico cybernétiques, la synthèse d'une substance plus performante que l'information. Dans le confinement cosmique, la posthistoire correspond au moment où les hommes, ayant compris finalement qu'ils ne quitteront pas la Terre malgré leur génie technologique, s'abandonnent à l'illusion finale de la détruire. Norbert Wiener, l'un des pères de la cybernétique, l'exprimait en ces termes : « Nous sommes des naufragés sur une planète vouée à la mort... nous serons engloutis mais il convient que ce soit d’une manière que nous puissions dès maintenant considérer comme digne de notre grandeur ”. Cependant, pour nous, la théorétique de ce crépuscule est la seule tâche qui soit digne de notre infortune.